Le premier week-end de novembre a été l’occasion pour une petite délégation de notre Baronnie de participer aux festivités des trente-cinq ans de la Baronnie de Liège. Un beau parcours fait de continuité, de fidélité et de savoir-vivre ensemble, cela se célèbre, et nos amis belges – toutes communautés confondues – savent fort bien faire la fête.
Une magnifique excursion en pays meusien, aux confins de la francophonie, aux limes de l’Empire romain où les tribus belges chères à César se sont implantées. Cette partie orientale du pays confine avec l’Allemagne et les Pays-Bas tout en étant très proche de la ligne de partage des langues entre la Wallonie et la Flandre : une région au cœur de l’origine de l’idée européenne.
Un programme varié
Pierre Luthers, consul de la Baronnie de Liège, et son bureau avaient organisé un magnifique programme sur trois jours afin d’accueillir les représentants de la Commanderie de Suze-la-Rousse et des baronnies de Gand, Québec, Philadelphie, Montréal et Montreux. Certains d’entre eux nous avaient d’ailleurs fait l’amitié de nous rejoindre une semaine plus tôt lors de notre 68e chapitre.
Dès le vendredi, un vernissage d’une exposition photo retraçait l’histoire de la Baronnie liégeoise dans l’atmosphère conviviale d’un bar à vins au centre de Liège. Le groupe s’est ensuite déplacé d’une vingtaine de kilomètres à l’est dans une jolie enclave flamande : Fourons-le-Comte – ’s-Gravenvoeren, ce qu’aucun Suisse ne peut prononcer sans se ridiculiser.
La soirée gastronomique était assurée par le restaurateur Luc Marchant, ambassadeur des Côtes du Rhône, accompagnée comme il se doit de plusieurs crus rhodaniens. Pierre nous a également fait la surprise d’agrémenter la soirée par la présence d’un serveur un peu maladroit mais plausible, qui au dessert s’est transformé en prestidigitateur, allant de table en table pour faire du close-up avec cartes, balles de ping-pong et autres accessoires emblématiques de la magie. Bluffant… et très drôle !
La soirée à Spa-Francorchamps
Le lendemain 8 novembre, le chapitre s’est tenu au salon « Eau Rouge », salle de prestige du circuit de Spa-Francorchamps, situé à une heure de bus au sud de Liège. Trois cent quarante convives ont célébré dans la joie et la bonne humeur ce beau parcours, avec quelques surprises au programme.
Le chœur liégeois des Disciples de Grétry, vite rejoint par quelques commandeurs, a entonné le « Coupo Santo », hymne provençal dont les paroles sont attribuées à Frédéric Mistral, qui contribua à remettre cette langue à l’honneur. Ce moment émouvant a été suivi d’un concert improvisé et hilarant de débouchage cadencé d’une vingtaine de bouteilles, appelé « destappage ».
Il faut dire, à la décharge des artistes destappeurs, que leurs instruments de musique étant rapidement épuisés, il leur est difficile de répéter longtemps et encore moins de se lancer dans des rappels…
Visite au pays de Herve
Nos amis liégeois nous avaient concocté un joli parcours à travers bocages, vergers et collines, avec le soleil en prime : le Pays de Herve. Cette région forme un triangle renversé d’environ vingt kilomètres de haut pour quarante-cinq kilomètres de large, entre la Meuse et la Vesdre. À l’ouest, sa pointe est formée par la confluence des deux rivières près de Liège, tandis que son arête nord marque la frontière avec la Flandre.
Premier arrêt dans une siroperie, spécialité exclusive de cette région. Le sirop de Liège est fabriqué uniquement à partir de poires et de pommes du Pays de Herve, dans une proportion de 80/20, sans aucun ajout.
Les fruits sont d’abord cuits dans une grande cuve, puis envoyés dans des pressoirs qui extraient en quelques heures un jus composé de sucres naturels, de pulpe et de pectine. Celui-ci est ensuite réduit jusqu’à obtenir une pâte onctueuse, rappelant notre vin de poires mais avec une acidité plus marquée et moins de goût de « cuit ».
Les amateurs se régalent de cette pâte délicieuse sur une brioche ou du pain grillé. Le cycle vertueux est complet puisque les résidus de pressage servent ensuite de fourrage pour les vaches laitières des fermes locales.
Quelle passion et quelle richesse de savoir-faire chez ce propriétaire représentant la cinquième génération de fabricants de sirop pur fruits, une belle mise en valeur de son pays.
Nous ne pouvions quitter la belle Wallonie sans goûter la bière et le chocolat. La visite d’une chocolaterie artisanale nous a permis de confirmer que tout ce qui semble facile dans le tempérage du chocolat est en réalité très difficile.
De retour à la maison, l’envie de copier le maestro des pralines se résume vite à quelques petits tas fourrés au caramel, un peu cabossés et surtout mal fermés…
L’abbaye du Val-Dieu fut quant à elle l’occasion de déguster le boulet liégeois accompagné de la délicieuse bière de l’abbaye. Une confirmation supplémentaire que les moines cisterciens étaient des épicuriens et que la gastronomie de l’ouest de l’Europe leur doit beaucoup.
Marie-Christine Sawley