Vigneron iconique du Château Rayas, Emmanuel Reynaud s’est éteint le 25 novembre dernier à l’âge de soixante et un ans. Figure énigmatique du vignoble de la vallée du Rhône, il laisse à ses deux fils un héritage inestimable : celui d’un domaine parmi les plus recherchés au monde.
La rumeur courait depuis quelques mois dans le vignoble : « Monsieur Reynaud n’est pas en forme. Il ne reçoit plus », entendait-on à plusieurs reprises. Connu pour son tempérament parfois ombrageux, le propriétaire du mythique Château Rayas aura toute sa vie cultivé un certain mystère, renforçant encore l’énigme entourant ce domaine créé au début du XXe siècle et dont les vins sont progressivement devenus aussi convoités que certains grands crus bourguignons.
Emmanuel Reynaud est décédé des suites d’une longue maladie.
Quatrième génération d’une dynastie viticole hors du commun, c’est en 1880 que son arrière-grand-père Albert Reynaud, ancien notaire, fait l’acquisition d’une parcelle de vignes à Châteauneuf-du-Pape.
En 1920, son fils Louis reprend le domaine, impose les premières bouteilles Rayas et étend le patrimoine familial au Château des Tours à Vacqueyras en 1935, puis au Château de Fonsalette en 1945.
À la mort de Louis en 1978, Jacques Reynaud, oncle d’Emmanuel, assure la relève et fait entrer l’empire Rayas dans la légende.
Ce n’est qu’en 1989 qu’Emmanuel Reynaud s’engage à son tour sur le chemin des vignes, en reprenant la direction du Château des Tours, avant de succéder à son oncle à la tête du Château Rayas en 1997.
Après une période de transition entre 1998 et 2002, liée à la replantation de près de 50 % du vignoble, la vendange 2005 marque le retour à la constance.
Emmanuel Reynaud renoue alors avec l’équilibre et la profondeur qui avaient fait le succès de ses prédécesseurs, cultivant dans ses vins une certaine austérité mais surtout une élégance remarquable. Il devient ainsi au fil des années la référence incontestée d’un style châteauneuvois souvent copié mais rarement égalé.
Réputé pour sa discrétion, Emmanuel Reynaud aura entretenu toute sa vie une certaine distance à l’égard de la notoriété : peu de grands rendez-vous, aucune communication, une cave aussi impénétrable qu’une forteresse.
Cette rareté n’a fait qu’attiser les convoitises, avec des cuvées dont les prix peuvent atteindre plusieurs milliers d’euros sur le marché secondaire, en France comme à l’étranger.
Si l’une des plus grandes figures de la viticulture du XXIe siècle disparaît avec lui, la relève est aujourd’hui assurée par ses fils, Louis-Damien et Benoît, déjà à ses côtés depuis plusieurs années.
Il leur revient désormais la lourde tâche de perpétuer cet héritage.
Thierry Assaf
Source : Le Figaro Vins